Le Burundi dans l’intégration régionale

Au cœur de la région des Grands Lacs, le Burundi est aussi à la croisée de plusieurs processus d’intégration régionale tels que la Communauté Est-Africaine (EAC), la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) et la Conférence Internationale pour la Reconstruction des Grands Lacs (CIRGL), dont le siège est à Bujumbura.

Pays essentiellement rural parmi les plus pauvres au monde (avec un IDH de 0,378 en 2005, ce qui le place au 169ème rang sur 177 pays classés), le Burundi pâtit de son enclavement au cœur de la région des Grands Lacs, de la faiblesse du secteur manufacturier et de ses exportations - limitées aux produits de base : café, thé -, ainsi que de l’étroitesse de son marché intérieur.

Les atouts du pays ne peuvent être valorisés que par l’amélioration des interconnexions avec les pays voisins :

  • le pays dispose d’une très forte densité de population (312 hab/km²) qui offre à terme la possibilité de créer un marché sous-régional important ;
  • la région présente un potentiel agricole, minier (nickel, cobalt, vanadium, or, tantale), énergétique, touristique et piscicole important ;
  • enfin, le Burundi peut se prévaloir d’une position géographique stratégique lui permettant de jouer un rôle d’interface et de charnière entre deux zones économiques en gestation : l’une francophone à l’ouest (Nord-Kivu de la RDC), l’autre anglophone à l’est et au nord-est (Tanzanie, Rwanda, Kenya), ainsi que partiellement vers l’Afrique australe via le corridor du lac Tanganyika (700 km) dont les eaux sont partagées par quatre pays (Burundi, Tanzanie, Zambie, RDC).

L’intégration régionale constitue dans ce contexte un enjeu crucial pour le développement du Burundi. L’approfondissement de l’intégration régionale pourrait permettre à Bujumbura en particulier de devenir une plateforme de services, de transit et de logistique internationaux efficaces.

Le Burundi appartient à un écheveau complexe d’organisations régionales qui se chevauchent et se font parfois concurrence. Les principales institutions concernées ont principalement vocation à promouvoir le développement économique, mais les instruments et le nombre de pays partenaires varient. Parmi les plus importantes figurent :

- La Communauté Est-Africaine (East-African Community, EAC) regroupe cinq pays : le Burundi, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, la Tanzanie. Avec le Rwanda, le Burundi a rejoint l’EAC en 2007 seulement, huit ans après la relance des activités de la Communauté et en assure la Présidence en 2011. Basée à Arusha, l’EAC inscrit sur son agenda (i) la mise en œuvre de l’union douanière entre ses membres, (ii) la construction d’un marché commun, (iii) l’union monétaire et (iv) l’union politique, « avec la naissance possible à long terme d’une fédération ». L’ensemble constitué par les pays de l’EAC forme un marché potentiel d’environ 130 millions de personnes.

  • Trois Accords Cadre d’Investissement et de Commerce ont été négociés par l’EAC avec les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. C’est également l’EAC qui est le partenaire de référence de l’Union européenne dans la négociation de l’Accord de Partenariat Economique (APE) avec l’Afrique de l’Est.
  • L’EAC entend saisir les nombreuses opportunités de développement créées par la disponibilité des ressources minières (nickel, cobalt, vanadium, or, tantale), la production de thé et de café en cours de privatisation, le potentiel de valorisation touristique du lac Tanganyika et la situation stratégique du Burundi entre le Congo francophone et la Tanzanie anglophone.

La Communauté Est-Africaine - GIF

- La Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), dont le siège est à Gisenyi (Rwanda). Créée en 1976, entrée en léthargie après les évènements de 1994, elle est en train d’être revitalisée sous l’impulsion de ses trois pays membres : Burundi, RDC, Rwanda (les présidents Kagame et Nkurunziza ont souhaité une relance lors de leur rencontre du 15 août 2010).
La CEPGL a pour objectif l’intégration économique régionale, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, la sécurité régionale et le financement d’institutions communes dans les domaines de la finance, de la recherche et de l’énergie. La CEPGL est ainsi à l’origine de quatre institutions :

  • la BDEGL - Banque de Développement des Etats des Grands Lacs, relancée effectivement en 2009 grâce à une forte participation belge,
  • la SINELAC – Société de gestion commune de la production d’électricité, notamment sur la rivière Rusizi , avec le barrage « Rusizi 2 » et la construction envisagée d’un troisième barrage « tripartite » : « Rusizi 3 » -,
  • l’EGL – Energie des Grands Lacs, organisation d’études des problèmes énergétiques dans la région,
  • un institut de recherches agricoles (IRAZ).

- La Conférence Internationale pour la Reconstruction des Grands Lacs(CIRGL). Cette organisation effective depuis 2007, regroupe onze pays africains et une quinzaine de pays et organisations internationales « amis » autour d’un objectif de stabilité et de développement économique grâce notamment à la sécurisation des frontières. En 2008-2009 a été mis en place un Fonds Spécial pour la Reconstruction et le Développement des Grands Lacs destiné à financer des programmes d’action, y compris en dehors de la zone des Grands Lacs.

La CIRGL - JPEG

Cependant les obstacles à l’intégration régionale sont encore nombreux : grande faiblesse des infrastructures, instabilité politique et incertitudes concernant la zone du Kivu, analphabétisme, manque de capacités, barrières douanières élevées, cadre d’investissement peu incitatif, absence de secteur privé structuré.

De plus, les disparités entre pays de la région sont importantes :

  • En 2008, le Burundi se singularise par un PIB réel (837 MUS$) quatre fois inférieur à celui du Rwanda (3682 MUS$), dix fois inférieur à ceux de la Tanzanie (12395 MUS$) et de l’Ouganda (10875 MUS$) et vingt fois inférieur à celui du Kenya (19668 MUS$).
  • En 2007, le PIB par habitant du Burundi (128 US$) est approximativement trois fois inférieur à ceux du Rwanda (353 US$), de la Tanzanie (415 US$) et de l’Ouganda (363 US$), plus de six fois inférieur à celui du Kenya (854 US$).

Il apparaît toutefois que, pour le Burundi, ces organisations sous-régionales sont prometteuses. L’EAC est regardée par Bujumbura comme pouvant apporter une plus-value en termes d’échanges commerciaux et humains. La CEPGL semble privilégiée comme le format le plus approprié pour la construction d’infrastructures transfrontalières (barrage sur la Rusizi, interconnexions électriques, axes routiers entre les trois pays, chemins de fer, trafic sur le lac Tanganyika).

Dernière modification : 09/05/2011

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